Deux ados.
Quand il n’y a pas école, ils passent leurs journées à sillonner les rues d’Yverdon à vélo – parfois ils grimpent au Montélaz, descendent à Cuarny avant de se laisser entraîner par la vitesse jusqu’au bord du lac, à Yvonand. Aujourd’hui, ils n’iront pas bien loin. À l’avenue des Sports, déjà – où une petite foule se masse près du terrain de foot –, ils s’arrêtent. N’ayant pas en poche les cinquante centimes que coûte l’entrée, ils appuient le guidon contre le mur d’enceinte du stade municipal et se tiennent debout en équilibre sur la selle du vélo. La lumière d’octobre colore et sublime les maillots des joueurs sur le terrain. 

- C’est qui contre qui ?
- White-Star contre... je sais pas.
- C’est quoi White-Star, des Américains ?
- Une équipe d’Yverdon.
- Je croyais que c’était le FC Yverdon, l’équipe d’Yverdon.
- Il y a le FC Yverdon, le FC Concordia et White-Star, trois équipes d’Yverdon. C’est plus qu’à Milan, ils ont que l’Inter et l’AC Milan.
- C’est les juniors de Lausanne Sports contre les juniors d’Yverdon, leur dit un type à côté d’eux, lui aussi debout sur son vélo. Les juniors d’Yverdon ont mis le maillot de White- Star pour pas qu’on mélange les couleurs.
- Je comprends rien. On va quand même les voir jouer, White-Star ?
- Pas aujourd’hui, mais ça vaut la peine de rester. Hermès FC va jouer contre des militaires.
- Ça joue au foot les militaires ?
- Faut bien les distraire, ils s’ennuient depuis le début de la Mob de 1939. La guerre, quand on est Suisse, on a le temps de jouer au football.
- Et Hermès FC, c’est une équipe d’Yverdon ? Ça fait quatre équipes.
Le type leur explique :
- Hermès FC, c’est l’équipe des employés de l’usine Paillard, l’entreprise qui fabrique les machines à écrire, juste là, derrière. Le type désigne le bâtiment gris de l’autre côté de la route.
- Leclanché, Bobst, Ovomaltine ont aussi leur équipe, poursuit le type.
- Ils sont engagés pour jouer au foot ?
- Ils sont engagés pour travailler à l’usine. La semaine à l’usine, le dimanche au stade. Ça donne l’illusion d’une grande famille.
Sur le terrain, l’arbitre siffle la fin du premier match, le panneau affiche 3-1 pour les visiteurs.
- L’équipe militaire peut compter sur des joueurs du Servette et du Lausanne Sports.
- Et Hermès, ils ont qui ?
- Toujours les mêmes. Piguet, Guillet, Aubert, Barraud II et Barraud III.
- Et ils sont forts ?
Les deux ados n’ont même pas le temps de voir lequel est Barraud II et lequel Barraud III que le gardien militaire rate sa sortie et offre le premier but à Barraud III. À peine 4 minutes de jeu, et déjà un but, les deux ados exultent. La première mi-temps s’affole, après 28 minutes Hermès mène 2-0. Au bord du terrain, on crie le nom des joueurs, on fait  des moulinets avec les bras dans l’espoir d’alimenter leur course. Le gardien d’Hermès relâche le ballon à la suite d’une belle parade, un militaire bien placé devant le but n’a plus qu’à le pousser au fond, 2-1. Dix minutes avant le repos, Aubert monte sur la droite, jette un regard furtif en direction des buts, d’un centre parfait il dépose le ballon sur la tête de Piguet, 3-1.
- Précision Hermès, dit le type aux deux ados.
Puis 4-1 sur corner.
La pause ne calme personne, ni le public ni les joueurs qui continuent inlassablement les allers et retours sur la pelouse inégale. Les buts tombent les uns après les autres, es uns entraînant les autres, 4-2, 5-2, 5-3. Barraud III est toujours aussi actif mais c’est Piguet qui inscrit le 6-3 sur un coup franc qui dépoussière la lucarne. Les militaires ne comptent  pas leurs efforts, ne pensent même pas au réveil à cinq heures du matin qui les attend demain, ont déjà oublié les mots du commandant de compagnie avant la partie : « Marche de 25 kilomètres si on paume ce match ! » Cette drôle de guerre, ils ne la verront que de loin, mais à voir leurs assauts lancés sur le flanc droit, on se dit qu’ils seraient prêts. 6-4.  Les joueurs commencent à cramper, les courses sont lourdes, les passes imprécises, et une dernière fois Barraud III surgit d’on ne sait où et marque on ne sait comment –cafouillage, rebonds, tibia, malléole, talon, extérieur du pied, motte de terre –, et le ballon qui roule lentement derrière la ligne de but.
Coup de sifflet final, victoire 7-4 du Hermès FC. Les deux ados se prennent dans les bras, se promettent de porter un jour les couleurs du Hermès FC, même si pour rien au  monde ils ne voudraient travailler à l’usine.
- Pas trop déçus de ne pas avoir vu jouer White-Star, demande le type en enfourchant son vélo.

Ce texte de Romain Buffat a été publié le 7 octobre 2020 dans la Région.

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