Tous les jours, j’ai l’alphabet au bout des doigts.

Un alphabet dont l’ordre est différent de celui commençant par ABCD qu’il fallait apprendre à l’école (aujourd’hui encore, je ne suis pas certain de le connaître par cœur, je dois me le réciter entièrement pour être sûr que O arrive bien avant R, alors que dans mon prénom c’est l’inverse).

Plus j’avance dans la vie, plus se font rares les jours passés  ans clavier, sans clavier QWERTZ en ce qui me concerne. Quand il m’arrive d’utiliser un clavier AZERTY sur l’ordinateur d’un ami français ou un clavier QWERTY dans un  cybercafé, j’ai l’impression paralysante de redécouvrir l’alphabet – mes doigts, ne trouvant pas la prochaine lettre à taper, se crispent de la même manière que je me crispais lorsque je devais réciter l’alphabet debout devant toute la classe. 

Que j’écrive une scène d’un roman en chantier, un mail depuis le bureau ou un message WhatsApp à mes potes, « j’aurai 10 min de retard », j’obéis à la disposition QWERTZ de mon clavier.

C’est pour empêcher le chevauchement et le blocage des barres à caractères des premières machines à écrire que Carlos Glidden et Christopher L. Sholes inventent, autour de 1870 le désordre QWERTY (QWERTZ est une variante pour l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Roumanie, la Hongrie, la République Tchèque, la Pologne).

On raconte que le R se serait retrouvé là pour faciliter les démonstrations les vendeurs qui pouvaient impressionner les clients en tapant à la vitesse de l’éclair TYPEWRITER, toutes ces lettres étant placées sur la même rangée. Cent-cinquante ans plus tard, mon MacBook Air n’a ni barres à caractères ni chariot ni ruban ni levier d’interligne, mais garde traces de ce passé, et je doute que le mot TYPEWRITER impressionne  quiconque voudrait acheter un ordinateur. 

La disposition des lettres sur nos claviers pousse nos doigts à une folle course d’obstacles et nous ralentit considérablement dans l’écriture. Tant mieux peut-être. L’écriture exige lenteur et obstacles. Comme le témoin lumineux « éteignez vos cigarettes » dans les avions, QWERTZ demeure sans raison d’être. C’est là, ça a toujours été là, comme une ruine qu’on ne toucherait pas et autour de laquelle on construirait une ville entière. QWERTZ ne disparaîtra jamais : il aura fallu la dictature de Salazar pour imposer le clavier CESAR, mais CESAR, comme la dictature, a fini par tomber, et les Portugais(e)s écrivent aujourd’hui avec QWERTY. 

Longtemps j’ai confondu qwertz et quartz, croyant que nos claviers étaient constitués du même matériau précieux que les montres. Ce qui n’est pas totalement absurde  : un spécialiste des machines à écrire m’a dit un jour que pour lui les machines Hermès sont aussi précisément conçues que des pièces d’horlogerie.

L’écriture est un art  en trois dimensions : j’écris à la machine à écrire, à propos de la machine à écrire, dans une forme – le qwertzédaire – qui rappelle la machine à écrire. 

Ce texte de Romain Buffat a été publié le 30 septembre 2020 dans la Région.

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